Le cimetière naturel de Souché souffle ce samedi 14 février ses 12 bougies. Il propose une autre manière d’envisager la mort. Plus simple, plus écologique, et profondément liée à la nature. Un lieu à part, qui séduit bien au-delà des frontières niortaises.

Cimetière naturel de Souché
Amanda Clot, responsable du service funéraire de la Ville de Niort. Photo Niort Info – Juliette PAPET

Le 14 février 2014, la Ville de Niort inaugure un espace alors inédit en France : le cimetière naturel de Souché. À l’origine du projet, une opportunité foncière et un portage politique. « Vers 2011, la maire de Niort s’est rapprochée de mon prédécesseur, Dominique Bodin. Ils avaient la possibilité d’acheter un terrain d’agrandissement pour le cimetière de Souché« , explique Amanda Clot, responsable du service funéraire de la Ville.

Il se rend alors sur place. Là, le constat est immédiat. Le terrain, une ancienne carrière de pierre calcaire laissée en friche depuis des années, est déjà largement repris par la nature. « Il était très arboré, avec de grands arbres. En friche depuis des années, la nature avait repris ses droits« , raconte Amanda Clot. Alors, plutôt que de raser pour reconstruire, Dominique Bodin a une idée : « aller plus loin qu’une extension classique« .

Un cimetière pensé autrement

Concevoir un cimetière au fonctionnement différent, tourné vers le développement durable et le respect du site existant. « Il voulait proposer autre chose. Un cimetière avec une démarche tournée vers l’écologie. Tout en gardant le caractère naturel et arboré du lieu« , résume Amanda Clot.

Une fois le projet validé par les élus, les arbres sont conservés, certains arbustes déplacés, des allées créées. Une grande allée principale est aménagée pour permettre le passage des engins sans dégrader les sols. Le reste du site est pensé comme un sous-bois, loin des alignements rigides des cimetières traditionnels.

Des règles plus strictes

Si l’esthétique change, le fonctionnement aussi. Le cimetière naturel de Souché impose des règles plus restrictives que dans un cimetière classique. Ici, pas de soins de thanatopraxie, c’est-à-dire que les soins avec formol sont interdits. Les cercueils doivent être en bois simple non traité, sans vernis, issus de filières responsables, ou en carton. Et seules les inhumations en pleine terre sont autorisées.

Cimetière naturel de Souché
Le cimetière naturel de Souché casse les codes classiques, sans le côté linéaire des allées d’un cimetière traditionnel.
Photo Niort Info – Juliette PAPET

En surface, aucun monument funéraire en granit ou en béton. « La personnalisation se fait par la plantation« , poursuit la responsable du service funéraire. Une charte végétale encadre strictement les essences autorisées : pas d’arbres, pas d’espèces invasives ou exotiques.

Des règles sanitaires très strictes

L’objectif est simple : « Rester dans un esprit sous-bois« . Cela a aussi une logique. Lorsque la concession arrive à sa fin et n’est pas renouvelée, l’espace est libéré pour laisser la place à un autre défunt. Or, si un arbre y a grandi pendant 30 ans, cela limite l’espace et empêche de libérer la place.

Si ces contraintes ont pu surprendre, elles n’ont jamais provoqué d’opposition. « C’est toujours un choix pour les familles« , et les règles de salubrité sont strictement respectées.

Une réponse aux attentes de diversité

Très vite, le cimetière naturel de Souché rencontre son public. « On a reçu énormément d’appels, de toute la France, de gens qui voulaient être enterrés ici« , se souvient Amanda Clot. Pourtant les pompes funèbres, étaient au départ plus réservées. L’absence notamment de caveaux bétons et de plaques d’hommages leur laisse moins de marges financières.

Cimetière naturel de Souché
Au cimetière naturel de Souché, les éléments décoratifs sont des matériaux de récupération. Marches de la brèche, feu tricolore, …
Photo Niort Info – Juliette PAPET

Pour beaucoup de familles, le choix est aussi esthétique et symbolique. « Dans les cimetières traditionnels, on voit des alignements de tombes en granit qui se ressemblent toutes. Mon prédécesseur parlait à ce sujet des « parkings de la mort », puis des « HLM de la mort » lors de l’essor des columbariums« . Alors, pour casser ces codes traditionnels, le cimetière naturel de Souché évite les alignements linéaires. La personnalisation des espaces par la plantation de végétaux permet de loger tout le monde à la même enseigne, sans signes extérieurs de richesse. « La seule différence c’est la main verte« , plaisante Amanda Clot.

Un lieu de vie

Au-delà de l’aspect cimetière, Souché est pensé comme un espace vivant. La gestion différenciée des espaces avec des allées tondues et des prairies hautes ailleurs favorise la biodiversité. Des nichoirs, des hôtels à insectes et des végétaux locaux y trouvent place. « L’idée, c’est d’accueillir la vie : la faune, la flore et l’humain« , résume Amanda Clot.

Des arbres fruitiers ont même été plantés. « Cela apporte de la couleur au printemps, ça attire la petite faune, mais également les usagers et riverains qui viennent en cueillir les fruits« , sourit-elle. Le site devient alors un lieu de promenade, un poumon vert pour le quartier, un îlot de fraîcheur. « Certaines personnes viennent ici sans avoir de défunt. Un peu comme dans un parc« . « Et c’est vrai que l’été, on sent vraiment la différence quand on passe du cimetière traditionnel de Souché à Souché naturel« , poursuit la responsable.

C’est également un retour à une vision ancienne du cimetière. « Avant la généralisation de l’utilisation des pesticides, le végétal était très présent dans les cimetières. D’ailleurs, si on remonte au Moyen Âge, les cimetières étaient des lieux de vie, au cœur des villages« , rappelle-t-elle.

Un choix assumé, mais pas une norme

Avec près d’un hectare au cimetière naturel de Souché sur les 18 hectares de cimetières que compte Niort, le modèle reste volontairement marginal. « Dans ce cimetière, la logique n’est pas celle de l’optimisation de l’espace. Il y a moins de tombes par mètre carré afin de préserver la beauté des lieux et laisser la part belle à la nature. C’est un choix« , affirme Amanda Clot. Difficile, selon elle, d’imaginer que ce modèle devienne la norme partout. En revanche, « à l’échelle d’une commune, on trouve que c’est important d’avoir ce choix« .

Le site a connu un agrandissement en août 2024, avec les trois mêmes prestations proposées : inhumations en cercueil, urnes placées dans des cavurnes en bois remplis de sable, et un espace partagé de dispersion des cendres.

Cimetière naturel de Souché
Les défunts dont les cendres ont été dispersées ont ensuite leur nom dans un arbre à souvenir.
Photo Niort Info – Juliette PAPET

Et demain ?

Aucun autre agrandissement n’est possible à Souché, coincé entre la voie ferrée et les habitations. Mais la réflexion continue. La Ville de Niort pense à de nouvelles prestations, comme des columbariums ou des inhumations d’urnes biodégradables dans ce qui pourrait être appelé « le sous-bois du souvenir« .

Et les techniques d’inhumation devraient aussi évoluer en France. « Dans quelques années, peut-être que l’humusation sera autorisée en France« , avance Amanda Clot. Cette pratique, encore interdite, permet une décomposition naturelle du corps en moins d’un an, contre plusieurs décennies pour une inhumation classique aujourd’hui.

« C’est plus écologique, et ça permettrait une meilleure rotation au sein des cimetières. Cela pourrait s’avérer fort utile à  l’heure où nombre de communes sont confrontées à un manque de place dans leurs  lieux de recueillement « , estime-t-elle. Aquamation, cryomation… ailleurs dans le monde, les pratiques évoluent déjà. En France, « ça bouge, lentement« . Mais pour la responsable du service funéraire, une chose est sûre : « Dans quelques décennies, les modes de sépultures vont évoluer. C’est une bonne chose pour les usagers qui auront ainsi plus de choix « .