Comédienne, humoriste et originaire des Deux-Sèvres, Malika Azgag observe depuis plusieurs années les transformations du rire et de ses codes. Entre réseaux sociaux, viralité et peur d’être mal interprétée, elle raconte comment l’humour doit désormais composer avec de nouvelles contraintes.

Faire rire a toujours été un exercice délicat. Mais à l’heure des réseaux sociaux et de la diffusion instantanée des contenus, l’humour est devenu un terrain encore plus sensible.

Pour Malika Azgag, comédienne et humoriste passée par l’improvisation, le théâtre et le cinéma, les règles du jeu ont profondément changé. Si le public continue de rire, les artistes doivent désormais composer avec un regard permanent et une interprétation parfois déconnectée du contexte.

Malika Azgag (Photo : Natacha Lamblin)

Originaire de la région niortaise, l’artiste a construit son parcours entre Poitiers et Paris. Pourtant, elle garde un pied dans son territoire d’origine. « Je suis extrêmement attachée à Niort et au Marais poitevin « , confie-t-elle. « J’y ai grandi. Toute ma famille est encore ici et je trouve que la ville évolue vraiment très bien. »

Des planches de théâtre à la caméra

Son goût de la scène remonte à l’enfance. Dès l’école primaire, Malika Azgag découvre le spectacle vivant avant de s’investir dans plusieurs disciplines artistiques. Improvisation, théâtre de rue, conservatoire : pendant une dizaine d’années, elle multiplie les expériences avant d’intégrer une école de théâtre parisienne après avoir réussi un concours d’entrée.

Compilation démo de Malika Azgag

Cette expérience lui permet aujourd’hui de naviguer entre différents formats, de la scène à l’écran. Deux univers qui exigent pourtant des approches différentes.

« Sur scène, on est en contact direct avec le public. On voit immédiatement ce qui fonctionne ou non », explique-t-elle. « Devant une caméra, c’est différent. Une fois les images tournées, elles ne nous appartiennent plus vraiment vis-à-vis du public. »

Selon elle, l’humour reste le même dans son intention, mais la maîtrise du résultat final est bien moindre lorsqu’il passe par l’audiovisuel.

L’humour face aux nouveaux codes

Pour l’humoriste, la principale évolution concerne la manière dont le public reçoit les blagues.

« Aujourd’hui, l’humour est devenu plus stressant qu’avant », estime-t-elle. « Il y a davantage de respect à avoir, davantage de codes à prendre en compte. »

Elle cite volontiers les générations précédentes d’humoristes, dont certains sketchs seraient aujourd’hui impossibles à diffuser tels quels. Non pas parce que le rire a disparu, mais parce que les sensibilités ont évolué.

« Il existe un paradoxe : beaucoup de personnes revendiquent la liberté d’expression, mais dans le même temps certaines limites voire censures se sont renforcées. Parfois, on ne sait plus exactement où se placer. »

Cette évolution pousse de nombreux artistes à anticiper les réactions du public avant même d’écrire ou de jouer un sketch.

« Oui, forcément, on réfléchit davantage à la manière dont certaines blagues pourraient être interprétées », reconnaît-elle.

Les réseaux sociaux ont transformé le rire

Pour Malika Azgag, les réseaux sociaux n’ont pas détruit le second degré. Ils l’ont transformé.

« Aujourd’hui, l’humour est beaucoup plus accessible. Tout le monde peut créer du contenu, le diffuser immédiatement et toucher un large public. »

Cette démocratisation s’accompagne toutefois d’une nouvelle logique : celle de la viralité. Une séquence humoristique peut connaître un succès fulgurant, mais aussi provoquer des réactions négatives tout aussi rapidement.

« Le côté viral peut être très violent parce qu’une vidéo ou un extrait peuvent circuler hors de leur contexte. »

L’humoriste ne pense pas pour autant que les réseaux aient changé la manière de construire une blague. Selon elle, ce sont surtout les thèmes abordés qui ont évolué.

« La façon de faire rire reste globalement la même. Ce sont davantage les sujets que l’on traite ou que l’on évite aujourd’hui qui changent la donne. »

Malika Azgag
Malika Azgag est de tous les défis, du rire aux sujets d’actualité en passant par l’ascension du Mont Blanc
(Capture écran Instagram @malika_azgag)

Le risque d’être mal interprétée

Pour une artiste issue de l’improvisation et du café-théâtre, la spontanéité demeure essentielle. Sur scène, elle aime interagir avec le public, le taquiner et parfois le « clasher » avec bienveillance.

« Les spectateurs comprennent très vite que ce n’est pas méchant. Ils le ressentent dans le ton, dans le regard, dans l’ambiance générale, et certains viennent pour ça, ils l’attendent. »

Mais cette complicité disparaît souvent lorsqu’un extrait est isolé sur internet.

« Une vidéo peut être beaucoup plus facilement mal interprétée qu’un échange vécu en direct. »

C’est pourquoi elle considère aujourd’hui que la difficulté principale n’est pas tant de faire rire mais plutôt d’éviter les contresens et les mauvaises interprétations.

« Le plus compliqué, c’est d’être mal interprétée. Faire rire, c’est mon métier. Mais lorsqu’un propos est sorti de son contexte, cela peut devenir beaucoup plus délicat. »

Faire rire, un exercice toujours exigeant

Malgré plus de vingt ans passés à pratiquer l’humour sous différentes formes, Malika Azgag continue de considérer le rire comme un défi.

« C’est plus difficile pour moi de faire rire que de jouer une scène émotionnelle », avoue-t-elle. « Dans une scène dramatique, il y a une sincérité naturelle. Dans l’humour, il faut constamment trouver le rythme juste et rebondir au bon moment. »

Une exigence qui explique sans doute pourquoi le rire demeure un art à part entière. Un art qui continue d’évoluer avec son époque, sans jamais perdre sa fonction première : créer du lien entre les gens.